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ActualitésBientôt des vêtements en lin 100% made in France, de la graine au produit fini

11 mai 2021Élodie0
culture du lin

Jusqu’à présent le lin cultivé en France était massivement envoyé en Chine ou, au plus près, en Espagne ou en Pologne pour y être filé avant de revenir en France pour le tissage et la confection de vêtements ou linge de maison. Mais tout ça est en train de changer !

La France, 1er producteur mondial de lin

Bénéficiant d’une longue côte bercée par un climat océanique, la France est le premier producteur mondial de lin.

De la Normandie jusqu’au Nord, à la frontière belge, plus de 112.000 tonnes sont récoltés par an. La culture du lin ne nécessite que très peu d’irrigation et quasiment aucun intrant chimique. Même s’il n’est pas bio, le lin est une culture ayant un très faible impact sur l’environnement comparé à la culture du coton. En agriculture biologique, le lin est cultivé en rotation avec d’autres cultures (céréales, légumes, fourrages…) permettant de préserver la qualité des sols et la biodiversité.

Le lin est donc une fibre végétale écologique, particulièrement appréciée dans les secteurs du textile (habillement et linge de maison) et du bâtiments (isolant et sols). Par exemple, pour confectionner un t-shirt 100% coton, près de 2500 litres d’eau sont nécessaires quand l’eau de pluie suffit à la pousse de la plante de lin (source : waterfootprint.org). De plus, en fin de vie, le lin est recyclable dans les filières textiles existantes et, non traité, il peut même être composté (à l’exception des ornements, étiquettes et broderies).

Enfin, la culture du lin est zéro déchet. Toutes les parties de la plante sont utilisées : les fibres sont destinées au secteur textile, les graines sont plébiscitées, pour leur richesse en oméga 3, dans l’alimentation humaine et animale, enfin le restant est valorisé dans divers matériaux (isolation, papier…).

graines de lin

Crédits photos : Pezibear de Pixabay 

Le lin, la fibre végétale la plus locale et la plus écologique

Pour un t-shirt ou un jean vendu en France, quoi de mieux que du lin qui pousse dans l’Hexagone ! On se dit que toutes les étapes sont réalisées sur le territoire et donc on obtient un vêtement 100% made in France, qui plus est écologique.

Une culture durable pour des vêtements éco-responsables. CQFD !

Mais-est vraiment le cas ?

Pas si sûr lorsqu’on creuse un peu, car même si un vêtement est fabriqué en lin français, la filature (la transformation des fibres végétales en fil de lin) n’est pas réalisée en France, faute d’usine de filature. En effet, la dernière manufacture, appartenant à l’entreprise française Safilin, a fermé en 2005.

Depuis le lin cultivé en France et Belgique est principalement envoyé en Chine ou, au mieux, dans l’une des trois dernières filatures européennes : en Pologne (l’usine de Safilin, entreprise française), en Italie (Linificio) ou en Espagne (Intercot).

Même si toutes les autres étapes sont réalisées en France : l’arrachage, le rouissage, le teillage, le peignage, la filature, le tissage, le tricotage, l’ennoblissement, l’empreinte carbone liée uniquement à l’étape de filature du lin fait tâche dans ce portrait quasi parfait.

Afin d’avoir une démarche cohérente et favoriser l’économie circulaire à l’échelle de l’Hexagone, de belles initiatives sont en marche pour rapatrier ce savoir-faire perdu en France.

culture lin

Crédits photos : Emanuel Lang

La renaissance des filatures de lin en France

Pour reconstruire la filière du lin, trois marques de vêtements déjà impliquées dans la fabrication française et valorisant le lin français dans leurs collections se sont alliées autour du projet Linpossible, né en 2018. Porté par 1083, Le Slip Français et Spl!ce, le projet réunit l’association acteurs du lin et chanvre textiles bio (Lin et Chanvre Bio) et la coopérative spécialisée dans la culture et la transformation du lin textile de la semence à la fibre (Terre de lin), ainsi que trois filateurs partenaires : Safilin, Emanuel Lang et Tissage de France.

Leur objectif ? Développer une filière 100% française, de la graine au vêtement.

Le projet commence à porter ses fruits avec, en 2019, le groupe Velcorex propriétaire de l’entreprise Emmanuel Lang qui a investi pour développer des ateliers de filature du lin au sein de sa manufacture alsacienne : “L’unité devrait pouvoir gérer à peu près 150 tonnes. Donc, en fonction de ce vous recherchez en terme de fil, elle aura une capacité de production allant de 500 000 à 700 000 mètres“.

En parallèle, d’autres initiatives voient le jour, comme celle de la coopérative NatUp, basée en Normandie au plus près des liniculteurs, qui avec le soutien financier de la Région vise la création d’une filature de lin à Saint-Martin-du-Tilleul dans l’Eure, pour des vêtements 100% made in Normandie.

atelier tissage

Crédits photos : Emanuel Lang

De nouveaux tisseurs & tricoteurs de lin en France

Avec l’essor de filatures françaises de lin, c’est toute la chaîne de l’industrie textile qui va se renforcer.

Actuellement seuls quelques tisseurs possèdent le savoir-faire et les métiers à tisser adaptés au lin. Le plus ancien, né en 1835, est le tisserand Lemaitre-Demeestere installé dans le Nord à Halluin. L’entreprise Tissage de France, fondée en 1837 à Rupt-Sur-Moselle dans les Vosges, connaît une seconde jeunesse grâce à l’arrivée au capital de Denis Heinrich et Thomas Huriez, fondateur de 1083, en 2018. Ces deux entreprises possèdent une expertise récompensée par le label France Terre Textile.

Enfin, un autre signe que le changement est en marche, le tissage du lin normand a permis de sauver l’entreprise familiale Tissage du Ronchay, née en 1845 dans le Pays de Caux, en Seine Maritime. Alors que les derniers métiers à tisser devaient être démontés en 2021, faute de débouché de la filière textile, une deuxième ligne devrait plutôt être créée cette année.

En attendant que l’étape de filature soit totalement rapatriée en France, les marques pionnières dans l’utilisation du lin continuent d’innover et de proposer de nouvelles collections :

La collection lin Le Slip Français

Crédits photos : Le Slip Français

Vers une IGP pour protéger le lin français et européen

Enfin la filière agricole du lin se structure et fédère tous les acteurs autour de la reconnaissance d’une IGP – Indication géographique protégée – afin de protéger leur savoir-faire et l’origine du lin, face à des vêtements en lin cultivé en Asie et transformé au Bangladesh à des prix imbattables..

Dans un contexte de changement climatique et de prise de conscience dans nos actes d’achats, le lin est largement plébiscité par les consommateurs. Il ouvre de belles perspectives de développement économique en France des liniculteurs jusqu’aux couturiers et couturières.

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