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Le lin : une matière naturelle prisée pour ses nombreuses qualités

Délaissé au XIXème siècle pour le coton dont l’industrie s’était mécanisée, le lin redevient une matière première naturelle prisée pour ses nombreuses qualités.

Champ de lin avec trace de tracteur
Un champ de lin en fleur
Par Marion Mesbah. Publié le 13 janvier 2023. Dernières modifications le 26 janvier 2024.

Le lin : définition

Un rapide cours de botanique pour commencer : le lin est une plante herbacée (c’est-à-dire dont les tiges ressemblent à de l’herbe, avec une partie ligneuse centrale qui a la texture du bois mais n’en n’est pas vraiment) de la famille des linacées. Il existe près de 200 espèces de lin différentes, mais c’est du lin cultivé dont nous parlons ici, aussi appelé « lin commun » ou  « lin à fibre » (Linum usitatissimum en latin).

Cette plante aux petites fleurs bleu clair est beaucoup utilisée pour ses fibres, à l’instar du chanvre et du coton. Elle est cultivée depuis des siècles : les Egyptiens utilisaient déjà la fibre de lin pour la fabrication de vêtements, mais aussi pour les rituels de momification. Le lin est ainsi considéré comme le plus vieux textile au monde, dont l’âge serait estimé à 36 000 ans.

culture du lin
xuechao zhu de Pixabay

Où est produit le lin ?

Le lin est une plante appréciant les climats tempérés, mêlant soleil et humidité. Il se plaît donc particulièrement bien dans certaines régions littorales d’Europe, mais surtout en France. Notre pays est en effet le 1er producteur mondial de lin et le continent produit à lui seul 85% de l’exploitation mondiale. Les cultures sont particulièrement répandues en Bretagne, en Normandie et dans les Hauts-de-France. On retrouve également des cultures de lin en Belgique et aux Pays-Bas.

Mais la production de lin reste minime dans le marché des fibres naturelles : il ne représente que 2,4% de la production mondiale, alors que le coton en représente 75%.

Les étapes de transformation du lin

Après le semis, le lin atteint sa maturité au bout d’environ 120 jours. Pour obtenir une fibre textile exploitable, le lin subit ensuite de nombreux processus mécaniques, qui demandent du temps :

  • l’arrachage (dépôt de la plante sur le sol pour préserver la longueur des tiges) ;
  • le rouissage à terre (transformation naturelle permettant de séparer les fibres textiles de leur tige) ;
  • l’enroulage (transformation en balles) et la récolte ;
  • le teillage (séparation mécanique des différents composants de la tige) ;
  • le peignage (nettoyage et transformation des fibres en une matière homogène) ;
  • la filature (transformation en fils) ;
  • le tissage ou tricotage (création de tissu ou de mailles) ;
  • l’ennoblissement (finitions).

Le lin est une matière moins demandée et plus coûteuse à produire que le coton, ce qui participe à son prix élevé. À titre d’exemple :

Les différentes utilisations du lin

Le lin dans l’industrie textile

C’est le domaine dans lequel le lin est le plus utilisé : l’industrie textile représente 90% des débouchés de la plante. Elle inclut les vêtements (pantalons, chemises, vestes…), le linge de maison et la décoration (rideaux, serviettes, housses de couette, coussins, nappes…).

Le lin dans l’industrie agroalimentaire

Graines et huile sont prisées pour leurs bienfaits naturels, incluant une forte concentration en oméga 3. Elles sont utilisées aussi bien pour la consommation humaine qu’animale.

Les autres utilisations variées du lin

Le lin est de plus en plus utilisé dans la confection de matériaux techniques ou de composites. Il remplace petit à petit les fibres de verre ou de carbone, avec un rôle prometteur dans les industries du transport, du bâtiment (dont l’éco-construction) ou des loisirs (confection de raquettes de tennis, surfs, skis…). Il offre en effet des propriétés naturelles particulièrement intéressantes : légèreté, résistance, isolation thermique et phonique ou encore biodégradabilité.

De leurs côtés, certaines fibres de lin sont utilisées en papeterie pour fabriquer des papiers fins comme les papiers à cigarette, du papier bible ou certains billets de banque.

Les fragments de paille (les « anas ») récupérés lors de l’extraction de la fibre sont également valorisés : ils sont utilisés comme paillage horticole, comme litière pour animaux d’élevage, pour la fabrication de panneaux agglomérés ou encore comme combustibles.

À noter que l’huile de lin est également utilisée dans d’autres domaines que l’alimentation, comme la cosmétique ou la confection de peintures, solvants et vernis.

Quels sont les avantages du lin ?

Une matière première écologique

C’est le premier argument en faveur du lin : il s’agit d’une ressource naturelle et écologique pour plusieurs raisons.

Contrairement au coton dont la production est polluante et nécessite beaucoup d’eau, le lin est une plante facile à vivre et peu exigeante. Elle se développe dans les sols même pauvres, ne demande que peu d’eau et n’est pas sensible aux maladies. Cela signifie qu’elle n’a pas ou peu besoin :

Ainsi, même en agriculture conventionnelle, la culture de la plante reste relativement « propre ».

Le lin est aussi considéré comme un vrai puits de carbone, puisqu’un hectare de culture retient chaque année 3,7 tonnes de CO2. Le lin est aussi un parfait exemple de ressource « zéro déchet ». Chaque partie de la plante a son utilité et peut être valorisée :

  • les graines (semences, huiles, solvants…) ;
  • les fibres courtes et longues (usage textile, technique…) ;
  • les anas (éco-construction, énergie…) ;
  • la terre (compost).

En fin de vie, ses fibres biodégradables peuvent être recyclées, voire compostées si elles n’ont n’a pas été traitées.

En France, le lin est donc une matière première naturelle, locale et renouvelable.

Linportant-culture-du-lin

Un tissu apprécié l’été

Les fibres de lin ont une structure creuse  ce qui permet d’emprisonner une couche d’air pour un effet thermorégulateur relatif.  Les vêtements en lin ont généralement une coupe droite et ample, qui évite le contact direct avec la peau et permet une aération du corps lors d’épisodes de fortes chaleurs.

La structure creuse des fibres confère au lin une bonne capacité tinctoriale : la fibre est facile à teindre et offre une belle vivacité de couleurs.

Une fibre durable

C’est aussi pour sa résistance naturelle que le lin cultivé est apprécié. Il doit cette solidité à la longueur et à la structure particulière de ses fibres. Ainsi, les tissus en lin ne peluchent pas et ne se déforment pas. Le lin a d’ailleurs l’avantage de bien vieillir et d’offrir une longue durée de vie, puisqu’il se bonifie au fil du temps et des lavages.

Un style intemporel

L’argument peut sembler subjectif, mais le lin permet de confectionner des textiles au style naturel, qui vont passer au-dessus des effets de mode ou des tendances si fugaces, en traversant les années. Elégance et authenticité sont souvent les adjectifs associés à cette matière.

Un entretien facile

Enfin, le lin est un textile facile à entretenir. Il ne nécessite pas de précaution particulière lors du lavage : une température de 40°C maximum suffit généralement à son entretien. Le séchage naturel à l’air libre constitue le meilleur moyen de conserver ses fibres. Il est simplement conseillé de bien séparer le lin blanc du lin coloré dans la machine à laver.

Quels sont les inconvénients et limites du lin ?

La froissabilité

Le lin est parfois critiqué pour sa rigidité et son côté « froissé ». Il a effectivement tendance à se chiffonner plus rapidement que d’autres textiles et peut offrir un toucher plus ou moins rugueux, en fonction des tissages effectués.

Mais, comme nous l’avons vu, le lin a tendance à s’assouplir au fur et à mesure du temps et des lavages, perdant ainsi petit à petit son côté « rêche ». Et désormais, le lin est parfois mélangé à d’autres fibres (coton ou laine par exemple) pour gagner en élasticité. Les fabricants proposent aussi de plus en plus de lin lavé, c’est-à-dire subissant des prélavages permettant d’adoucir les fibres et de les rendre plus malléables. Enfin, la maille de lin, utilisée dans la confection de t-shirts ou pulls, est également de plus en plus exploitée et a l’avantage de présenter une moins grande froissabilité.

Le prix

Le lin est plus cher à l’achat que d’autres fibres, qu’elles soient synthétiques ou naturelles. Le lieu de production, les différentes étapes de transformation et de confection augmentent effectivement le prix de cette matière première (voir les étapes de transformation du lin). Le lin est également une matière première plus rare que le coton, ce qui fait encore monter son coût.

Des étapes de transformation pas toujours écologiques

Selon les fabricants et transformateurs, le lin peut subir des traitements plus ou moins naturels, altérant ses qualités écologiques intrinsèques : teintures ou colorants chimiques, agents de blanchiments au chlore, etc.

Il n’est pas toujours évident d’obtenir des informations transparentes concernant les différentes étapes de transformation en produit fini. Des labels comme GOTS ou Oeko-Tex vous permettront de mieux vous repérer, en valorisant les fibres biologiques ou garanties sans substance toxique et nocive.

De plus, les quantités d’eau utilisées pour le lin lavé contrecarre une culture qui demande peu d’irrigation à la base.

Une filière délocalisée, mais qui tend à se reconstruire

Si le lin cultivé est majoritairement produit en France, il existe un paradoxe non négligeable au niveau écologique. En l’absence de filature de lin en France, 80% de la production est envoyé en Chine pour y être filée Là-bas, les usines peuvent utiliser des énergies polluantes comme le charbon et n’appliquent pas les mêmes réglementations concernant les rejets dans l’environnement et l’utilisation des produits chimiques. Alors pourquoi ce long voyage ? Parce que la dernière filature française a fermé en 2005 et la filature la plus proche, qui appartient au français Safilin, est basée en Pologne. Cette situation impacte donc fortement l’empreinte carbone d’un produit en lin.

Mais les choses ont évolué et l’objectif est désormais de proposer une filière totalement française, depuis la culture de la plante jusqu’au produit fini. Nous en parlions déjà dans un article se réjouissant de voir bientôt des vêtements en lin 100% made in France. Plusieurs projets de réimplantation sont en cours et d’autres déjà opérationnels. Ainsi face à la demande croissante et encouragée par des collectifs comme Linportant, l’entreprise Emanuel Lang spécialiste du tissage en Alsace a été la première a inauguré une filature de lin en mars 2020. Hélas, l’entreprise a été frappée d’un incendie majeur en mai 2021, mettant en péril son activité. De son côté, Safilin a décidé de rapatrier une unité de production en France, à Bethune, opérationnelle depuis mars 2022. Enfin la coopérative agricole NatUp, en s’associant avec le tisseur de lin Lemaitre-Demeestere, a installé une filature de lin au plus près des champs normands, à Saint-Martin-du-Tilleul.

En attendant une meilleure traçabilité pour un article en lin 100% français, vous pouvez faire confiance aux labels comme Masters of linen, qui garantit entre autres qu’un produit fini en lin a été réalisé à 100% en Europe.


Marques de France - Avatar - Marion Mesbah

Contenu rédigé par Marion Mesbah

Après plusieurs années d’expérience dans le milieu du web, surtout comme rédactrice, Marion continue à écrire sur des sujets qui la passionnent : les plantes, les animaux de compagnie, mais aussi la consommation responsable.Ayant gardé la capacité d'émerveillement d'un enfant de 6 ans, elle est systématiquement fascinée par la moindre couleur, texture, faune ou flore offerte par la nature. Et c'est entre autres pour tenter de préserver cette beauté fragile qu'elle est convaincue que nous, humains, devons modifier notre façon de consommer. Acheter en conscience, privilégier la qualité & la durabilité, se tourner vers le local,… autant de pistes qui, si elles ne sont pas parfaites, permettent de tendre vers une plus grande frugalité.

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