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Le saviez-vous ?Les 10 idées-reçues sur le made in France

11 mars 2021Élodie0
Les 10 idées reçues concernant la fabrication française

Grâce à vos nombreux retours, vos questions et nos propres expériences, nous avons pu dresser la liste des 10 idées-reçues les plus fréquemment rencontrées, concernant la fabrication française.

1. Le drapeau tricolore est une indication géographique fiable et reconnue

Absolument pas !

D’ailleurs une pétition circule actuellement, menée par le député Yves Jégo, déjà à l’initiative du label Origine France Garantie dont il est le président fondateur. Cette pétition a pour objectif de réserver le drapeau tricolore uniquement aux produits manufacturés en France. 

L’usage immodéré du drapeau tricolore pour des produits non fabriqués en France porte le terme de “franco-lavage”. L’intention est de profiter de cette ambiguïté. Généralement, il suffit de lire l’étiquette au dos ou dans le produit pour connaître l’origine exacte de fabrication.

Parfois le drapeau tricolore sublime un design. C’est le cas avec les baskets Baron Papillon fabriquées en France (photo en exemple).

Pour connaître les détails concernant l’appellation made in France, je vous invite à lire notre article sur le sujet : “Comprendre le code des douanes sur la fabrication française ou made in France“.

https://b5e9z3t5.rocketcdn.me/wp-content/uploads/2021/03/Baron-Papillon-modele-frenchy-redim.jpg

Crédits photos : Marques de France©

2. Le "made in France" est un label

Non plus !

Concernant les produits non-alimentaires, aucune réglementation impose d’indiquer l’origine géographique. Toutefois il s’agit d’une pratique très répandue.  

Dès que la mention “made in France” est apposée , le producteur / fabricant doit pouvoir le justifier en cas de contrôle. Cette mention est réglementée par le code des douanes, conformément aux conventions adoptées par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Donc le terme “made in France” n’est pas un label, ni une appellation d’origine contrôlée, car il n’est pas contrôlé par un organisme tiers indépendant comme un syndicat de professionnels ou une association. C’est une appellation générique laissée à l’appréciation du fabricant, avec des contrôles aléatoires menés par la répression des fraudes et/ou les douanes.

Crédits photos : La Direction générale des Douanes et Droits indirects 

3. Le made in France est hors de prix

Cette affirmation est à nuancer. Tout dépend de vos points de comparaison et de la hiérarchie de vos postes de dépenses. 

De manière générale, les produits qui requièrent le moins de main d’oeuvre (industrialisation des chaînes de production), comme les cosmétiques, les ustensiles de cuisine et la verrerie, ont des prix relativement proches de leurs équivalents fabriqués à l’étranger.

Dès que le produit est travaillé à la main, son prix grimpe par le simple fait que le salaire mensuel français (1554€ brut/mois, SMIC 2021) est plus élevé qu’un salaire bangladais (85€ brut /mois), même portugais (740€ brut/mois) ou polonais (583€ brut/mois).

Dans l’article “Le made in France ne coûte pas plus cher que…“, nous donnons des exemples très concrets.

Baskets Caruus et pull Le Minor

Montage photos : Marques de France©

4. Le made in France est un prétexte pour faire exploser les prix

Si je vous dis qu’entre le prix de revient (à la sortie de l’usine) et le prix de vente (prix d’achat pour le consommateur), la marque a multiplié par trois le prix. Autrement dit, pour un t-shirt qui sort de l’usine à 12€, vous l’achetez 36€. Trouvez-vous ce prix trop élevé ? Êtes-vous choqué.e par la multiplication par trois ?

Pourtant c’est la moyenne observée pour un prix juste. Le prix de vente est au minimum multiplié par deux, souvent par deux et demi, trois, voire par quatre. Si cela vous semble injustifié, je vous invite à dresser l’ensemble des charges qui s’ajoute à la vente de notre t-shirt. Une fois sortie de l’usine, le vendeur va devoir : 

  • Développer son espace de vente en ligne (création d’un site web, acquittement mensuel des frais liés au paiement sécurisé, à l’hébergement…) et/ou en vente physique (paiement d’un loyer, facture d’eau, d’électricité…)
  • Créer une stratégie de communication et de marketing pour faire connaître sa marque et ses produits, car sans audience, pas de vente.
  • Faire les photos pour présenter ses produits et donner envie aux consommateurs de les acheter (photographe et modèles à payer) ;
  • S’acquitter des salaires et des charges patronales de son ou ses employé.es ;
  • Se rémunérer personnellement ;
  • S’acquitter des frais administratifs : cabinet comptable, assurances, frais juridiques, frais bancaires…
  • etc.

Puis une fois que l’entreprise amortit ses frais, il est important qu’elle dégage une marge nette afin de poursuivre son développement, investir dans des outils numériques ou industriels, potentiellement embaucher de nouveaux salarié.es ou simplement pérenniser ses emplois… Bref j’ai souvent l’impression qu’en France, faire des bénéfices est un gros mot. Il est tout à fait normal de vouloir correctement gagner sa vie en réalisant un travail. Pour aller plus loin, je vous invite à lire l’article : Quel est le prix juste d’un vêtement made in France ? 

Enfin je lis régulièrement dans les commentaires, qu’avec un SMIC on ne peut pas acheter de produits fabriqués en France et que la solution serait de l’augmenter. Mais augmenter le SMIC revient à augmenter le coup de la main d’oeuvre, donc augmenter encore plus le prix de vente ! Un cercle vicieux. 

Ainsi pour conclure, je vous dirai qu’il faut traiter les marques au cas par cas et comparer leurs produits. En effet, entre deux t-shirts made in France dont le prix diffère de 10€ ou plus, regardez la composition du t-shirt et son grammage. Un t-shirt épais,  100% coton bio, coûtera forcément plus cher qu’un t-shirt fin bi-matière (polyester/coton) qui risque de se détendre au fil des lavages.

Fashion-store

Crédits photos : Free-Photos/Pixabay

5. La fabrication française est toujours signe d’une grande qualité

Au risque de vous décevoir, la qualité n’a rien à voir avec la fabrication française.

Après deux années d’existence et grâce à vos retours d’expérience, nous commençons à avoir le recul nécessaire. Moi-même, je commence à avoir un retour objectif sur mes premiers achats et effectivement la qualité n’est pas systématiquement au rendez-vous. 

La qualité d’un produit n’est pas liée à son origine géographique de fabrication mais à son atelier et au prix de revient. Je reprends l’exemple du t-shirt. Si vous tenez absolument à produire un t-shirt français à 29,90€, il faudra faire des concessions : sur le grammage pour un t-shirt moins épais, une absence de surpiqûre pour aller plus vite et utiliser moins de fil, une seule et même coupe hommes et femmes…

La qualité a un prix, qu’il faut accepter de payer. On doit arrêter avec ce marketing agressif, associant le low-cost à la qualité. En écrivant pour mon autre site d’information en santé environnementale, je m’étais intéressée à la question du “bio low-cost” qui présente de nombreux travers et s’éloigne de la philosophie de la culture bio.

De plus, au delà de la qualité, consommer des produits fabriqués en France permet aussi de soutenir notre modèle social : un système éducatif public avec peu de frais, l’accès aux soins sans condition de ressources, un salaire minimum… D’où la question que je me suis posée : est-que la fabrication française est éthique ?  

Enfin si vous êtes à la recherche de produits où la qualité est assurée, je vous invite à découvrir les marques disposant du label Entreprise du Patrimoine Vivant. Auditées, ces entreprises doivent démontrer qu’elles possèdent un savoir-faire artisanal ou industriel remarquable.

Crédits photos : Label EPV

6. Les produits made in France sont éthiques

Je fais souvent et volontairement cet amalgame en disant que la fabrication française est éthique.  

Une mode éthique, une mode responsable ou durable est de plus en plus recherchée par les consommateurs. Bien que la définition soit vague – Éthique : qui intègre des critères moraux dans son fonctionnement (définition Larousse), il est communément admis qu’une mode éthique ou responsable vise à respecter les droits des travailleurs et à limiter ses impacts sur l’environnement (on parle alors d’éco-responsabilité et le sujet est abordé juste en-dessous).

En cause, la prise de conscience collective et massive que l’industrie du textile est la deuxième industrie la plus polluante derrière celle de l’exploitation de pétrole. Pour les droits humains, le drame lié à l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, dans lequel plus de 1000 ouvriers du textile ont perdu la vie, a profondément marqué les esprits. De plus, la crise actuelle avec le travail forcé des Ouïghours pousse le consommateur à vouloir des produits fabriqués dans les conditions éthiques. 

Toutefois derrière ce nom : “mode éthique”, il n’y a pas de label institutionnel et/ou international. Ses principes s’inspirent des règles du commerce équitable. Mais pour le moment, aucune institution ne délivre un label « mode éthique ». Du coup, n’importe quelle marque peut se positionner comme étant éthique, selon ses propres critères moraux. Pour vous aider, vous avez de nombreux sites qui apportent un regard critique et qui référencent, selon leurs propres critères, des marques qui sont, pour eux, éthiques. À vous de voir si vous vous retrouvez dans leurs valeurs.

Si je fais l’amalgame que la fabrication française est éthique, c’est en vertu de notre droit du travail. Si en France, le travail n’est pas réalisé dans des conditions respectueuses des salariés, je vois peu de pays et d’entreprises qui pourraient prétendre à l’adjectif éthique. Bien sûr, il y a toujours des cas particuliers, des entreprises qui ne respectent pas le code du travail, font usage de harcèlement, menacent des travailleurs précaires… Néanmoins, aussi perfectibles soient-elles, nos institutions permettent d’apporter un cadre pour protéger les salariés : la médecine du travail, les inspecteurs du travail, les syndicats, le comité social et économique, le conseil des prud’hommes, le SMIC, la durée légale de travail… 

Ateliers Seize pont neuf

Crédits photos : Seize point neuf

7. Les produits fabriqués en France sont éco-responsables

Dans le secteur textile, deux labels existent Oeko-Tex et GOTS qui s’intéressent à la fois à la protection des consommateurs, à l’environnement et aux conditions de travail.

Concernant les autres secteurs, la notion d’éco-responsabilité reste floue, exactement comme pour la mode éthique. Pourtant au niveau international, il existe bel et bien une norme internationale de management environnemental, la norme ISO 14001. Contraignante, chronophage, onéreuse, avec des audits réguliers réalisés par des cabinets d’audit indépendants, cette norme s’adresse principalement à de grands groupes qui possèdent des sites industriels qu’ils souhaitent plus vertueux, car il faut en interne les ressources humaines pour suivre cette norme.

Alors, à l’échelle d’une TPE/PME, qu’est-ce qu’une marque éco-responsable :

  • Celle qui privilégie l’approvisionnement en circuit court pour les matières premières ?
  • Celle qui n’utilise que des matières recyclées, même le polyester fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées ? Celle qui n’utilise que des matières surcyclées ou upcyclées ? Celles qui utilisent des matières biodégradables ? naturelles comme la laine ou le bois ?
  • Celle qui est autonome dans son approvisionnement en énergie et en eau ?
  • Celle qui impose à ses ateliers partenaires, une réduction de la consommation d’énergie et d’eau ?   
  • Celle qui reverse une partie de son chiffre d’affaires à des associations de protection de l’environnement ? 

Finalement, l’éco-responsabilité d’une marque est une question toute relative.

Personnellement, je positionne la fabrication française comme une bonne élève en matière d’éco-responsabilité, pour deux raisons : 

  1. Avec une confection française, les émissions totales de gaz à effet de serre sont réduites par rapport à son équivalent fabriqué à l’étranger. Par exemple, pour un jean confectionné au Bangladesh qui arrive sur une étagère d’un magasin en France, il aura parcouru en moyenne 65 000 km soit 1,5 fois le tour de la planète, alors qu’un jean français avec toutes les étapes de tissage, ennoblissement, teinture et confection en France (excepté le coton, importé), voit son bilan carbone divisé par dix au minimum (source : L’émission pour la Terre, France 2).
  2. Les normes européennes en matière d’environnement, de régulation des produits chimiques et de santé publique, définissent un cadre bien plus stricte qu’une fabrication en Asie. Par exemple, vous souvenez-vous des chaussures en cuir, fabriquées en Chine, qui brûlaient la peau. La cause : le tannage au chrome qui n’était pas encadré. Dans l’Union Européenne, le tannage au chrome reste possible sous certains conditions et notamment en s’assurant que le produit final ne dépasse une certaine concentration pour justement éviter tous risques de brûlures. Bien sûr, il y a toujours des dérives. Néanmoins, elles permettent de protéger le salarié et le consommateur en bout de chaîne.

Enfin le vêtement, le cosmétique ou l’accessoire qui ne pollue pas est celui qu’on ne produit pas.

OEKO TEX et GOTS

Crédits photos : OEKO-TEX ; GOTS

8. Les marques made in France ne font pas de collection printemps/été et automne/hiver

Vrai et Faux.

La saisonnalité dépend du positionnement de la marque.

Les marques qui s’inscrivent dans la slow-fashion ne suivent pas les saisons. Elles proposent les mêmes modèles tout au long de l’année. Ce sont souvent des pièces intemporelles qui peuvent se porter à tous moments.

D’autres proposent des collections capsules selon la saison. Ces séries limitées mettent à l’honneur une coupe ou une matière plus adaptée à une saison en particulier.

Enfin les marques, avec un catalogue de références plus fourni, proposent une saisonnalité, tout en retrouvant certaines pièces tout au long de l’année. 

C’est une équation délicate à résoudre, proposer suffisamment de pièces pour qu’un consommateur ou consommatrice puisse 1/ trouver ce qui lui plait et 2/ avoir envie de revenir. Car même la marque la plus vertueuse, qui produit peu de pièces, cherche avant tout à vendre ses produits pour prospérer. On reste malgré tout dans une relation : vendeur – acheteur. 

Fashion-show

Crédits photos : Pexels / Pixabay

9. Les marques made in France ne font pas de soldes ou de ventes privées

Plutôt vrai.

De nombreuses marques promeuvent un prix juste tout au long de l’année et ne veulent pas se soumettre aux soldes et ventes privées. Certaines marques s’y tiennent et d’autres succombent.

Par avidité ?

Pas forcément, du moment que vous avez un stock, tôt ou tard, vous devez l’écouler. Fonctionner en flux tendu ? Sur le papier, c’est la solution idéale, ne produire que ce qui sera acheté. D’ailleurs certaines marques fonctionnent beaucoup avec le système des pré-ventes. Mais pour le consommateur cela signifie être patient… 3 semaines ou plus pour recevoir son produit.

Même mes créatrices de bijoux, qui réalisent de belles pièces à la main, pratiquent les soldes, car elles souhaitent faire partir leurs dernières parures pour en créer de nouvelles. 

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Crédits photos : Marques de France©

10. Le SAV d’une marque française est irréprochable

La qualité du SAV n’a rien à voir avec son origine. Nous sommes toujours étonnés de recevoir les commentaires de clients, particulièrement énervés et frustrés, qui explosent en disant que le SAV de telle marque, même basée à l’étranger est bien mieux.  Le seul et pas des moindre avantage, est que la personne que vous aurez maitrise le français.

Le SAV est une des bases du service client, mais il est souvent perçu comme une dépense sèche pour l’entreprise qui ne génère pas de chiffre d’affaires. Alors quelques marques ont tendance à tout miser sur l’avant-vente et peu sur l’après-vente. Or la satisfaction client engendre une fidélité et transforme le consommateur en ambassadeur. 

Pour faire la boucle avec le point 4, lorsque j’écrivais qu’il est important qu’une marque dégage des bénéfices nets, notamment pour pouvoir développer un vrai pôle de SAV. Beaucoup de créateurs et créatrices d’entreprise assurent eux-mêmes ce service, en plus de toutes leurs autres tâches quotidiennes, et parfois le délai et la qualité de réponse s’en trouvent impactés.

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