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Le made in France peut-il rivaliser face au made in Portugal ?

Le made in Europe et notamment le made in Portugal sont de plus en plus recherchés par les consommateurs cherchant à allier prix - qualité et éthique.
Drapeau portugais
Pedro Amaro Pixabay
Par Élodie Lapierre. Publié le 17 août 2021. Dernières modifications le 21 novembre 2021.

La mode et le made in Portugal

Alors que les consciences s’Ă©veillent sur l’impact environnemental et humain de l’industrie de la mode et du textile, de nombreuses marques ont dĂ©cidĂ© de revoir leur façon de produire.

Que ce soit les rapports de l’OXFAM sensibilisant sur les pollutions environnementales et la participation de la fast fashion au rĂ©chauffement climatique, l’actualitĂ© relayant les drames humains derrière la confection textile, entre l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013 oĂą plus de 1 100 ouvriers du secteur de textile ont perdu la vie et plus rĂ©cemment le travail forcĂ© de la minoritĂ© OuĂŻghours en Chine ou encore le poids Ă©conomique que reprĂ©sente la fast fashion sur le budget des mĂ©nages. Un paradoxe qui laisse penser que les consommateurs font des Ă©conomies grâce aux prix tirĂ©s vers le bas, alors qu’ils sont poussĂ©s Ă  acheter toujours plus. D’après l’ONG WeDemain, en moyenne 114€ de vĂŞtements ne sont jamais portĂ©s et encombrent nos placards. 114€ mal dĂ©pensĂ©s.

Dans ce contexte, les consommateurs se tournent de plus en plus vers la seconde main et les marques affichant un positionnement Ă©thique. Bien que l’Ă©thique d’une marque soit subjective (ni label, ni charte n’existe dans le monde de l’industrie textile), il s’agit avant tout de se renseigner sur la façon dont la marque s’approvisionne en matières premières, le nombre et la frĂ©quence Ă  laquelle elle sort de nouveaux produits et par quels ateliers de confection elle passe.  Ainsi les ateliers de confection textile en Europe, et plus particulièrement au sein de l’Union EuropĂ©enne, sont particulièrement apprĂ©ciĂ©s pour la caution « éthique » qu’ils apportent.

Une confection made in Europe permet de limiter les dĂ©rives d’exploitation des ouvriers, de limiter l’usage de produits chimiques nocifs pour l’environnement et la santĂ© des travailleurs dans le traitement et l’ennoblissement des textiles et de limiter l’impact carbone liĂ© aux transports. MĂŞme si la crise de la Covid19 a permis de mettre en Ă©vidence des ateliers europĂ©ens oĂą le droit du travail n’Ă©tait pas respectĂ©. C’est le cas du cluster identifiĂ© dans la ville de Leicester en Angleterre qui est nĂ© Ă  cause de l’exploitation des salariĂ©s : non respect des mesures de confinement, absence de masque de protection pour les salariĂ©s, obligation de travailler malgrĂ© les symptĂ´mes, pour un salaire misĂ©rable de 3,5ÂŁ/h alors que le salaire minimum lĂ©gal est de 8,7ÂŁ/h.

Parmi les pays europĂ©ens les plus recherchĂ©s, le Portugal tire son Ă©pingle du jeu en proposant un rapport qualitĂ©/prix difficilement concurrentiel. Le pays est devenu l’eldorado des marques françaises Ă©thiques.

Portugal Porto

Crédits photo : Porto par Nathsegato / PIxabay

Le made in France peut-il rivaliser contre le made in Portugal ?

Comme il faut comparer ce qui est comparable, nous excluons les ateliers qui possèdent un savoir-faire rare et/ou unique et/ou innovant, pour nous concentrer sur des ateliers de confection textile, de maroquinerie et de chaussures aux techniques communes.

Partant de ce principe, le made in France ne peut pas rivaliser avec le made in Portugal. En effet les ateliers portugais rivalisent parfaitement avec les ateliers français en termes de qualité, de délai de production et de proximité géographique. Pour une société française basée à Biarritz, par exemple, déléguer la production à un atelier de Porto, à 810 km, équivaut à faire appel à un atelier lillois à 1 000 km.

Le coup de grâce est bien Ă©videmment donnĂ© par le coĂ»t du travail qui est imbattable. Le salaire minimum mensuel portugais est de 775€ brut pour 40h de travail hebdomadaire avec une assurance santĂ© comprise, alors qu’en France, le SMIC brut est de 1 554€ pour 35h. Sur une base de 21 jours de travail par mois :

  • Portugal : 8h x 21j = 168h/mois, soit 4,6€ brut/h ;
  • France : 7h x 21j = 147h/mois, soit 10,6€ brut/h.

Autrement dit, pour les mĂŞmes standards de qualitĂ©, un ouvrier français coĂ»te quasiment 2,5 plus cher que son Ă©quivalent portugais. Or ce coĂ»t sera nĂ©cessairement rĂ©percutĂ© sur le prix de vente du produit fini. D’ailleurs, le magazine Capital a enquĂŞtĂ© sur ce nouvel eldorado :

  • pour un boxer fabriquĂ© en France, le coĂ»t de revient est de 12,10€, vendu 40€ par Le Slip Français (marge x3,3),
  • alors que pour sa version portugaise, le coĂ»t de revient est de 5,52€, vendu 17,50€ par PĂ©trone (marge x3,2).

Le Portugal a bien compris qu’il reprĂ©sentait une aubaine pour les marques française et europĂ©enne qui souhaitait s’inscrire dans une dĂ©marche plus Ă©thique de fabrication de vĂŞtements, chaussures et maroquinerie. En consĂ©quence, de nombreux ateliers acceptent facilement les jeunes crĂ©ateurs et crĂ©atrices qui souhaitent produire des petites sĂ©ries. Il est Ă©galement facile de trouver des interlocuteurs parlant français, supprimant la barrière de la langue. Enfin leurs ateliers rĂ©pondent aux normes sanitaires et environnementales fixer par l’Union EuropĂ©enne comme pour les ateliers français.

Le slip français boxer

Crédits photo : Le Slip Français

Quel est l'intérêt du made in France alors ?

Nous avions dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans l’article « Les 10 idĂ©es-reçues sur le made in France« , que la qualitĂ© n’Ă©tait pas corrĂ©lĂ©e Ă  l’origine gĂ©ographique de confection. Acheter un produit de fabrication française est aussi un acte de soutien Ă  l’Ă©conomie locale, maintenir des emplois et des ateliers, supporter notre système social, car les charges que paient les employeurs tout comme les impĂ´ts des employĂ©s permettent d’alimenter notre système de retraite, de santĂ©, d’Ă©ducation…

Dans notre volontĂ© de faire (re)dĂ©couvrir les produits fabriquĂ©s en France, nous avons toujours Ă©tĂ© parfaitement conscients qu’un positionnement radical n’Ă©tait Ă  la fois pas possible et mĂŞme dĂ©lĂ©tère. D’une part, parce qu’objectivement l’artisanat et l’industrie made in France ne rĂ©pondent pas Ă  l’ensemble des besoins actuelles (les lave-vaisselles, les machines Ă  laver, les rĂ©frigĂ©rateurs et congĂ©lateurs n’ont plus de chaĂ®ne de production dans l’hexagone), d’autre part, car le prix des produits de manufacture française est incompatible, pour la très grande majoritĂ© des français, avec une consommation 100% made in France.

Enfin, il n’est pas question de fermer les frontières et de vivre en autarcie, le commerce mondial, bien qu’il doit ĂŞtre repensĂ©, nous permet d’accĂ©der Ă  des produits originaux, diffĂ©rents, nĂ©cessaires et tout simplement pour se faire plaisir. Comme nous continuons d’exporter des produits made in France Ă  l’Ă©tranger, notamment les produits de luxe et les cosmĂ©tiques, il reste important d’acheter des produits venant Ă©galement d’autres pays. Outre l’origine de fabrication, il est surtout important de savoir dans quelles conditions un produit a Ă©tĂ© fabriquĂ© ou rĂ©coltĂ©.

Notre crĂ©do est (et a toujours Ă©tĂ©) : « nous ne prĂ´nons pas le made in France pour tout et tout le temps ». Nous pouvons tous ĂŞtres des consommateurs rĂ©flĂ©chis et contribuer Ă  la hauteur de nos moyens au soutien de l’Ă©conomie locale.

Elodie-marques-de-france

Cet article a été rédigé par Élodie Lapierre

Après 8 années passées en tant que chargée d’études en santé environnementale, j’ai toujours à coeur d’informer et sensibiliser les individus, afin qu’ils soient des consommateurs avertis et aguerris.Le site Marques de France est géré en toute indépendance et n’appartient à aucune entreprise privée. Toutes les recherches effectuées et tous les contenus rédigés répondent à un unique objectif : promouvoir les marques qui contribuent à l’économie du pays.